dimanche 16 août 2009

REBELLES SANS CAUSE ? (31)




Les sociologues qui se penchaient alors sur les origines du problème de la délinquance juvénile évoquaient un conflit de génération ou une révolte contre l'ordre établi, avant d'avancer des facteurs économiques.
La thèse la plus courante suggère que les jeunes de tous les pays ayant connu les privations de l'après-guerre se sont lancés à corps perdu dans la recherche de la liberté et le plaisir, voulant jouir immédiatement des biens que la société de consommations leur proposait: musique, moto ou mode. Mais pas assez riche pour pouvoir se les procurer et s'apercevant que la société n'était pas disposée à modifier ses habitudes, ni à ne leur faire aucune concession, ils se révoltèrent et leur enthousiasme se transforma en violence.
D'autres enquêtes au début des années soixante contestent cette thèse en soulignant l'importance de l'urbanisation dans le malaise des jeunes en mettant l'accent sur la concentration de grands ensembles immobiliers dans les villes véritables fabrique de blousons noirs.
"Les cités industrielles sont surtout pathogènes parce qu'elles favorisent les rassemblements de jeunes gens sur un territoire restreint " (109)
Effectivement, les bandes urbaines profilent surtout dans les quartiers abritant des grands immeubles collectifs type HLM ou des groupes d'habitations à bon marché souvent insalubre. Si les blocs HLM marquent un progrès certain par rapport au taudis, l'essentiel y manque trop souvent. La plus part du temps, il n'y a ni jardins, ni espace, ni équipement sportif sans parler de l'absence totale de distraction. Les enfants et les adolescents ont le sentiment d'être en cage et la rue les attire comme un refuge mauvais.
"On ne sait pas quoi faire, racontent des adolescents. Alors on se retrouve et on s'ennuie ensemble " (110)
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Parmi les autres facteurs on évoque souvent la carence d'autorité, mais c'est surtout dans la carence du milieu familial qu'il faut rechercher l'origine du drame des blousons noirs ; famille désagrégée, séparations ou divorces, alcoolisme du père.
Pour Henri Joubrel ; la dissociation familiale est la cause essentielle de la conduite asociale d'un nombre grandissant de jeune. Les statistiques montrent que 80 % des jeunes inadaptés sociaux dont on connaît suffisamment l'histoire pour en établir un dossier approfondi sortent d'un foyer dissocié. (111)
Au foyer, ils se sentent mal aimés, les gosses souhaitent la chaleur, ils trouvent le chaos
" Un soir en rentrant chez ma mère elle m'a virée, elle avait un jules " raconte Momo de la bande des Batignolles, après avoir traîné quelques jours dans les rues, le tribunal lui trouvera une famille d'accueil. (112)
" A quatorze ans, je suis parti travailler. Plâtrier. Pourquoi ? Parce que mon père boit et ma mère aussi ". écrit Jean dans Rallye Jeunesse (113)
Ce qui fait dire à un éducateur lyonnais :
" Ce qui déboussole souvent les jeunes, c'est l'impossibilité de prendre leur père pour modèle"
(114)
Si la société cherche les causes du mal dont souffre la jeunesse un autre facteur souvent négligé réside certainement dans le fait qu'ils sont victime de l'incompréhension des adultes. L'emblématique film " La Fureur de Vivre " évoquait déjà ces relations difficiles entre parents et enfant. A la question "mentez--vous à vos parents" posé par un journaliste qui enquête pour un hebdomadaire sur les problèmes de la jeunesse, des jeunes répondent :
" On ne ment pas, on ne parle pas ".
Puis lorsqu'il leur demande : " Que leur reprochez-vous ? ",
ils répondent: " Ils font vraiment une trop sale gueule à table ! " 58 (47)
Dans la même logique , une jeune fille, Raymonde écrit à Rallye Jeunesse
" Ce dont on souffre, c'est de l'ambiance familiale, du manque de vérité, de l'injustice de ce que nous appelons la "vague des croulants" " (116)
Dans le conflit adultes jeunes, on assiste même à des faits incroyables comme histoire révélé par l'Humanité ou des jeunes émules des blousons noirs qui pétaradaient la nuit en scooter troublant le sommeil des citoyens de deux patelins ont été tondues par quelques habitants.
" La tête base, le crâne soigneusement tondu, suivant leur chef de fil qui de surcroît avait été dépouillé de son pantalon, plusieurs jeunes gens ont et promené dans les rues de Charly et de Vernaison près de Lyon sous l'œil marqué de la population… " (117)


109 « Les blousons noirs : une société primitive ? » - H.Michel (Directeur du centre de Vaucresson) – J.Selosse (Chargé de recherche au CNRS), In Sciences Avenir N°211, septembre 1964.
110 – « Les blousons noirs : une société primitive ? »
111 – « Mauvais garçons de bonnes familles » Henri Joubrel, Aubier, Editions Montaigne,1959
112 – « Square des Batignoles », Cinq colonnes à la une, 04/11/1960
113 - « Vous avez la parole », in Rallye Jeunesse N°11, février 1960.
114 – « Les garçons sauvage, le blouson noir, une provocateur mais aussi un mal aimé » Le Progrès de Lyon,09/12/1962
115 - "Mauvais garçons de bonnes familles" Henri Joubrel
116 – « Vous avez la parole », in Rallye Jeunesse N°11, février 1960
117 – « Tondeuse pour porteur de blousons », L’humanité, 21 juillet 1961

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vendredi 31 juillet 2009

BLOUSONS NOIRS (bagarres et autres méfaits ) 30

Les Actes de Vandalisme qui traduisent une hostilité à l'environnement constituent un autre facteur de la délinquance des blousons noirs. Souvent le vandalisme découle du chahut et se transforme en rage de détruire. On dégrade les monuments publics ou on s'attaque aux voitures dont on lacère les pneus ou les capotes pour s'amuser, pour le plaisir.
La délinquance sexuelle avec le viol collectif est une forme de délit caractéristique des bandes de l'époque. Le viol appelé dans leur langage ; " le barlut, complot, queue, rodéo..." est perçu par le groupe sur le mode ludique. Un gars de la bande drague une fille puis lui donne rendez-vous le soir, la fille tombe dans un traquenard et se fait violer par ses copains. A Lyon, rien que dans le dernier trimestre de l'année 1959, il y a eu 52 arrestations pour viols collectifs. Yves Charrier éducateur spécialisé dans les problèmes de la jeunesse délinquante note une recrudescence des viols collectifs vers les années 1962-1963 avec l'apparition de jeunes moins sûr d'eux, dont le comportement d'inadaptation s'exprima en particulier par des viols collectifs. Il signale même une bande qui avait monté un système d'appât très élaboré en utilisant deux filles dont la fonction consistait à contacter une fille que la bande avait choisit et de nouer des relations amicales avec elle. Et un soir elles amenaient leur victime sur les lieux ou la bande attendait, tout en assistant en spectatrice au viol ! (103)
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Autre aspect de la violence, les bagarres entre bandes rivales forment une modalité de délinquance très particulière. Dans l'esprit des participants elles sont plutôt considérées comme un sport violent qui joint le plaisir de la lutte à la satisfaction de montrer sa supériorité dans un domaine perçu comme typiquement masculin. Elles ont généralement des causes très significatives: empiétement de terrain, présence de filles, enjeux divers. Toutes ces motivations mettent en question le prestige collectif d'un groupe, son territoire de chasse. On se donne rendez-vous le soir sur un terrain vague pour se bastonner, et si les flics débarquent les deux clans se liguent contre eux.
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Contrairement à leurs homologues US souvent armés de pistolets, les bandes françaises n'utilisent que des armes par destinations dont l'arsenal est constitué de: chaîne à vélo affûtée, bâton, "goumi" (matraque en caoutchouc), coup de poing américain, outil, ceinturon clouté ou couteau à cran d'arrêt italien.
" …Moi je me battais avec ce que j'avais…J'pouvais pas choisir… Quand j'avais une chaîne de vélo, je l'emmenais…En général, j'en avais une…Mais j'avais plusieurs de mes copains, bon y z'vaient des haches, des couteaux, des crans-d'arrêt grands comme ça…Ca nous faisait plaisir d'avoir ça dans nos poches. On se sentait plus fort… " (104)
Parfois certains jeunes en groupe déclenchent une rixe alors que ceux qu'ils provoquent leur sont inconnus par besoin élémentaire de violence, de prestance qui s'impose par la force surtout si les filles sont spectatrices. C'est ainsi que l'ordre des bals est souvent perturbé.
La violence et les agressions s'exercent aussi contre des personnes physiques comme les homosexuelles.
Dans le reportage de Cinq colonnes à la une sur la bande de Batignolles, à la question : " Est-ce que les blousons noirs ont une morale ? "
Ils répondent " oui ".
Le journaliste leur demande ensuite : " Est-ce qu'il y a des gens ou il est normal de leur casser la figure ? "
La réponse qui fuse est : " oui les "tantes" ". (105)
Les étudiants sont les autres boucs émissaires des blousons noirs et sont souvent les victimes de leurs mœurs violente:
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Le Progrès 20 octobre 1962

" Passons maintenant aux étudiants. On ne peut pas dire qu'on les déteste; mais il a toujours existé une certaine haine entre eux et nous, les étudiants pour la plupart ayant peur de nous, ne le disant pas, mais en eux-mêmes n'en pensant pas moins, nous évitant au besoin nous critiquant. Nous, nous ne pouvons pas les voir, parce que l'étudiant va à l'école et de ce fait il ne travaille pas; et nous sommes en quelques sortes jaloux de lui car, en général, il est toujours bien " sapé ". Je crois qu'on leur reproche surtout de ne pas faire amis avec nous; car une fois connaissance faite, il n'y aura pas meilleur ami qu'eux. Je crois que c'est une question de principes ".(106)
" On a sortit les chaînes de vélo et les manivelles pour les calmer les snobards ". "
C'est qui les snobards ? ", demande le reporter, réponse : "Les mecs qui se promènent en costards et qui sont trop prétentieux..., les étudiants. Nous on travaille pour les payer ces cons là! ".(107)
On note également que certaine bande se spécialisait dans la chasse aux Nord-africains, selon un éducateur ces gangs étaient originaires des quartiers aisés (108)



103 - Yves Charrier et Jacques Ellul «Jeunesse délinquante»,page 198 , Mercure de France 1971
104 « Bon pour la vie civile", interview de deux jeunes délinquants » in Cinéma 1963, N°73,janvier 1963
105 - "Square des Batignoles" reportage de Pierre Dumayet, Cinq colonnes a la une,
106 In Cri d'Appel d'un blouson noir, page 74, Fayard 1962
107 - "Square des Batignoles"
108 Emile Copferman, "La génération blousons noirs", page 34,Maspero, 1962

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mercredi 29 juillet 2009

CARYL CHESSMAN (29)

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L'américain Caryl Chessman décrit sans doute le mieux ce que le vol de voiture signifie pour la plupart des voyous dans son livre " Cellule 245, couloir de la mort "
Il a écrit ce bouquin en 1954 après que le directeur de la prison de San Quentin le mit au défit de faire quelque chose de sensé de son existence.
" Il volait voiture après voiture, de préférence les plus belles, les plus neuves, les plus rapides; il faisait exprès de déraper pour les abîmer, les lançait à des vitesses incroyables, recherchait les cars de police et les agents à moto et les provoquait pour les obliger à le poursuivre - juste pour le plaisir de leur échapper, juste pour l'excitation de la course et pour prouver qu'il était le plus fort " (100)
Caryl Chessman, 39 ans, fils d'un artisan de Los Angeles commence à voler pour aider son père dont les affaires tournaient mal. Inculpé de dix-sept chefs d'accusation (vols, kidnapping, acte de perversion sexuelle, tentative de vol à main armée, tentative de viol), il est condamné à mort en juin 1948. Ce n'est que le 2 mai 1960 après avoir obtenu huit sursis et passé douze ans dans le couloir de la mort qu'il est exécuté. Le personnage dont la vie avait été retracée dans le film " Cell 2455, Death Row " (Cellule 2455, couloir de la mort) de Fred F.Sears en 1955, exerce au travers des ses romans une certaine fascination sur la jeunesse française. Johnny Hallyday dont le bouquin du taulard américain est bien en vue sur son cosy dans sa chambre déclarait en 1961 : " J'lis pas beaucoup, j'ai pas le temps, mais Caryl Chessman ça me plaît ! " (101) Moustique encore inconnu déclare la même année : " Chessman y méritait pas la peine de mort, ça nous a foutu en boule contre les ricains. Il avait payé Chessman, j'ai lu son livre " (102)
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100 Caryl Chessman : « Cellulle 2455 couloir de la mort », Presses de la cité
101 Revue non identifiée 1961
102 "Les blousons noirs", un document humain, Christian Megret Point de vue, 7 juillet 1961

mercredi 29 avril 2009

BLOUSONS NOIRS (Délits) (28)


Si la bande est sociale dans sa structure, elle est par contre anti -sociale par son activité et par sa fonction. Si à l'origine elle ne semble pas se constituer dans un but délinquant, la bande est perçue sous cette forme par la police et la société. En réalité beaucoup de jeunes blousons noirs adoptaient uniquement un mode de comportement sans verser dans la délinquance mais s'exposaient de part ce fait à la réprobation sociale et à la répression. La plupart du temps les actes délictueux ne sont pas prémédités et sont commis dans l'inconscience la plus complète. On cherche surtout à réaliser un coup pour se valoriser sans vraiment se rendre compte de la gravité du délit.
" Ils ne se préoccupent pas exagérément des ennuis qu'ils ont eux avec la justice et ne s'inquiètent pas à l'idée d'avoir un casier judiciaire "(93)
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Les Coeurs verts Edouard Luntz (cahiers du cinéma)

Les deux tiers des délits reprochés aux adolescents délinquants sont commis contre la propriété, dont les formes essentielles sont : le vol, les délits visant les deux roues et les actes de vandalisme.
Exemple type de l'activité d'une bande ; celle d'Arpajon dont la police a arrêté le mois de décembre 1959 une vingtaine de membres. Ces garçons âgés de 14 à 18 ans qui suivaient la plupart des cours professionnels dans la région parisienne, se réunissaient chaque jour sur le pont de l'Orge pour y préparer leurs "coups".
" Ils essayaient des blousons en plastique noir et se sauvaient sans les payer. Ils chipaient des disques, pour les écouter ou les revendre. Ils volaient des scooters et des voitures qu'ils abandonnaient hors d'usage. Ils faisaient main basse sur le contenu des autos en stationnement. Ils crevaient les pneus, allumaient des incendies ". (94)
Des adolescents par manque d'argent de poche pratiquent le vol à la tire et certain n'hésitent pas à faire les sacs des veilles dame. Le vol à l'étalage sert des fois pour l'alimentation des surboums. Le vol a parfois l'aspect d'un jeu, d'un défi lancé aux règles sociales.
Les objets volés sont souvent considérés comme des trophées et planqués dans des repaires. C'était le cas pour une bande de Nancy dont les exploits consistaient à voler les objets les plus hétéroclites au cours de cambriolage pour les tenir stockés dans une cave. Le chef de la bande âgé de 16 ans n'a pas hésité à tirer avec une carabine sur les inspecteurs de police venue les arrêter. Ce qui vaudra les assises à trois mineurs. Dans la même région à Charleville, un groupe de six mineurs de 14 et 15 ans connus sous le nom de " La bande des blousons verts " dirigé par un garçon de 20 ans commet 24 vols et cambriolages, le plus souvent la nuit, par effraction. (95)
Dans la région bordelaise chaque membre du gang des As avait son casier dans le garage abandonné qui leur servait de Q.G. on y trouvait les objets les plus hétéroclites, sous-vêtements féminins, couteaux, fer à repasser, boîtes de conserve, appareils photos, jouets, chapelets, rasoirs, statue religieuse etc. Leurs plus beaux trophées; une plaque minéralogique de car de Police Secours qu'ils conservaient jalousement dans leur repaire (96)
Certaines bandes étaient spécialisées dans le casse, lors d'un interrogatoire un jeune raconte avec cynisme ses exploits :
" En pleine nuit, quand nos parents dormaient, on se sauvait et on se retrouvait là... Là, on buvait pour se donner du courage, on s'habillait, on emportait la matraque, et on y allait. On s'habillait tous pareil, avec un masque, pour ne pas être reconnus. Ca commençait par les vitrines des petites veilles. On fait le coup en quelques secondes, à grands coups de matraques. On se donne même pas la peine de voler, ça ne nous intéresse pas... juste une bricole en guise de souvenir. Après le casse on se sauvait en vitesse par des ruelles d'où on n'avait rien pu entendre. On revenait fêter ça et on allait se coucher " (97)
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La forme la plus significative de la délinquance au tournant de la décennie est sans conteste le vol d'engins motorisés. La possession d'un tel engin est un symbole indéniable de virilité, de prestige (on compare souvent le deux roues au cheval du cow-boy). On l'emprunte pour tomber les filles ou pour s'amuser et s'exalter.
" On fonce la nuit en scooter sur les boulevards de ceinture jusqu'à épuisement de l'essence, le jour on fait peur aux passants sur les trottoirs "
Le plus souvent, après un emprunt à but ludique ou utilitaire, le véhicule est abandonné.
" Son usage répond à un besoin actualisé (retour tardif, fugue, infraction en vue, ou simple promenade le plus souvent) ; le besoin satisfait, le véhicule est abandonné "
" Il s'agit essentiellement de promenade à but ludique ou utilitaire. Ce n'est pas un vol d'appropriation ; sa dangerosité tient surtout au fait que les jeunes commettent des accidents. " (98)
Accessoirement, on revend les pièces détachées ou le moteur d'un engin volé est utilisé pour être gonflé afin de faire des courses.
Pour gagner de la puissance sur leurs Flashs ou Flandria à selle bi-place recouverte de simili-cuir en peau de panthère, les lumières d'admission d'échappement sont limées au maximum, la culasse est rabotée. Le carburateur est remplacé, la pipe d'admission est polie intérieurement. Régulièrement lors de ces courses, il y a des accidents avec souvent de grave séquelle pour le conducteur. Un éducateur chargé d'infiltrer une bande à Pessac près de Bordeaux raconte :
" Le départ a lieu à deux kilomètres de là. Cinquante à soixante petits bolides prennent le départ dans un vacarme incroyable, la plupart ont sortit leur pot d'échappement; L'arrivée se fait à une centaine de mètre de la route du Cap- Ferret, mais pratiquement comme ils doivent freiner après la ligne d'arrivée, les engins sur la lancée les amènent à traverser la route en grillant tous les signaux... " (99)
Si longtemps les deux roues jouaient chez nous le rôle de la voiture outre atlantique, le vol de voiture pris rapidement de l'importance avec l'augmentation du parc automobile. Le parc automobile est ainsi passé de moins de 1,5 millions de véhicules en 1950 à 5 millions en 1960. Ces vols étaient facilités par l'absence de clé de contact sur certaine voiture. Comme pour les deux roues, outre le sentiment de puissance la voiture est empruntée pour se griser de vitesse pendant quelques heures, puis abandonnée. A Paris un jeune qui réussi l'exploit de voler une ambulance était considéré à l'unanimité comme le chef de la bande.

93 - in "Les blousons noirs, page 114 Centre d'étude de la délinquance juvénile, N°14, Cujas, Bruxelles 1966
94 - "Les vieux , qu'ils crèvent !" in Faim &Soif Février 1960
95 - Maître Jean Hocquet, "Forme nouvelles de la délinquance juvénile" conférence 9 janvier 1960, http://juripole
96 - "Le gang des As" un Les Gangs d'Adolescents, pages 79,80 op.cit.
97 - Maître Jean Hocquet, op . cit40
98 - J.Sélosse , Vols et voleurs de véhicules à moteur, Cujas 1965
99 - Yves Charrier,Jacques Ellul, Jeunesse délinquante,des blousons noirs aux hippies, page 151, Mercure de France 1971

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mardi 3 février 2009

LES BANDES DE BLOUSONS NOIRS (27)


« LA SOCIETE NOUS AIME PAS, NOUS LES JEUNES ! »
Serge de la bande du Square des Batignolles (Cinq colonnes à la une 1960
)




« Ces adolescents effondrés contre les murs, à la manière des cow-boys des westerns le long des cloisons des saloons, sont capables brusquement de lever le cran d'arrêt de leur énergie. Une poussée irrésistible les portes à imiter le Marlo Brando de l'Equipée Sauvage ou le James Dean de la Fureur de vivre"
Henri Joubrel, Jeunesse en danger, Fayard,1960


Les blousons noirs sont un phénomène essentiellement urbain. A Paris chaque porte, chaque quartier prolo possède sa bande. Un article de presse daté de l'été 1959 fait état de six bandes principales à Paris et de 70 autres cliques de moindre importance. (76) Selon la préfecture de police 10000 jeunes fréquentent des bandes dans la capitale. (77)
A l'époque la bande la plus importante de la capitale était celle du Talus capable de regrouper 250 à 300 jeunes le samedi soir. Ceux de la porte de St -Ouen se distinguent par la parfaite maîtrise des diverses langues des voyous. La bande du square des Batignolles et leur chef Pilule sont le sujet d'un reportage de l'émission télé Cinq colonnes à la une en 1960. Tout aussi médiatisée, la bande de la Bastille, forte d'une centaine de membres qui parlait un argot forcé. Une enquête est publiée sur eux l'été 1961 par Christian Magret dans le magazine des têtes couronnées Point de Vue. Le chanteur Moustique membre de ce groupe déclare quelques années plus tard dans un entretien:
" A la fin des années 50, on attaquait un car de flics, on cassait les vitres et on piquait le car pour une virée " (78)
La bande du Sactos (Sacré Cœur) tournait aussi autour de la centaine et était protégée par leur curé. Elle était très crainte par les autres bandes. Johnny Hallyday qui faisait partie de la bande du square de la Trinité raconte :
«On jouait les durs. On se battait, mais nous fermions notre gueule lorsque la bande du Sacré-Cœur descendait" (79)
La plupart des bandes se singularisaient en arborant le même signe distinctif, qui allait de la manière de se coiffer, aux différents accessoires ; médailles, voir une tête de mort ou un minuscule couteau retenu au cou par une chaîne, bagues, bracelets ou ceinturons incrustés de pièces de monnaie. Cette singularité se retrouve sur leurs engins à deux roues; mobylettes ou scooters : fanions à tête de mort, hélices en plastique de la même couleur gagnées à la fête foraine. La même décalcomanie collée sur le réservoir ou le garde boue ; photos de Tarzan ou de James Dean, vamp, tête d'indien, trèfle à 4 feuilles. L'accessoire peut donner son nom à la bande, ainsi la bande du Damier d'un port breton arborait un damier sur leurs véhicules.
En 1960, 53 % des jeunes qui fréquentaient les bandes sortaient de familles ouvrières, les fils d'employée représentaient 12%.
A noter que 18 % des effectifs des bandes seraient originaires des milieux sociaux supérieurs.
" La majorité de ces jeunes étaient issue des classes sociales défavorisées bien que la bourgeoisie eut ses blousons dorés. Les bandes constituent une configuration culturelle originale, articulée sur une culture de classe. La culture ouvrière en est le soubassement " (80)
Les adolescents de 15 à 17 ans en constituent le noyau le plus important (53%), les plus jeunes de 13 à 14 ans représentent 14,8% des membres et ceux de 18 à 20 ans 18,1 % (81) Les blousons noirs des années 1959-1961 appartiennent à la génération des enfants de la guerre, ceux nées pendant la seconde guerre mondiale entre 1939 et 1945 et dans l'immédiate après guerre.
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Les bandes tournent généralement autour de trois noyaux. Le noyau central composé de ceux qui étaient le plus en vue, quatre à cinq personnes souvent confrontées à la délinquance. Puis vient la bande proprement dite formée en moyenne d'une quinzaine à une vingtaine de membres qui cherchaient surtout à se faire remarquer. Le troisième noyau qui pouvait être plus important jusqu'à une centaine de jeunes était composé des sympathisants et des postulants qui formaient le halo de la bande présent lors des grandes occasions comme une bagarre entre bandes rivales. La bande forme un milieu homogène, l'embryon en est la "cour " où les enfants d'un même immeuble vivent et grandissent ensemble. Vers l'âge de 12 ans les enfants de plusieurs cours se groupent dans des lieux de rencontre plus vaste : places ou squares où ils se forment en bande. Dans la bande, les adolescents se retrouvent et ne s'expriment qu'en symbiose avec les autres.
Le dynamisme du groupe est contenu dans ses motivations qui portent le jeune à avoir en face de lui des interlocuteurs qui le comprennent, qui ont les même besoins et les mêmes soucis que lui et ne par conséquent être des adultes qu'ils haïssent.
" Les vieux ont s 'en fout, ils peuvent tous crever” répond spontanément un jeune blouson noir au juge d'instruction qui lui parlait de ses parents (82).
Pour son reportage dans l'Express, Jean Cau demande à Jojo de la bande de la Porte de Vanves. " Pourquoi "les vieux" à ton avis ne vous comprennent pas ? " réponse de Jojo : " Parce que qu'on voit la vie autrement ! " " Qu'est ce que tu veux dire ? " lui demande alors l'écrivain. Le blond répond à sa place : " Ils voudraient qu'on porte des gilets, qu'on ait des pantalons comme ça, qu'on soit comme eux ! " (83)
Ensemble, ils reconnaissent être différents des autres, mais cette différence, paradoxalement se manifeste par le maximum de conformité avec ceux du groupe. C'est pour cela que le vêtement, la coupe de cheveux, le langage ont une telle importance, ils manifestent une singularité collective. Mais si la panoplie marque la rupture avec le monde adulte, elle ne devait pas être usurpée. Il faut être reconnu par ses pairs, il y a des modèles, l'orgueil, l'honneur et l'exploit ont une grande place dans la vie des bandes. L'intégration dans une bande n'est pas une chose facile. La bande est une société tellement fermée qu'y pénétrer est incontestablement une victoire. Elle passe par deux étapes, celle de la reconnaissance puis celle de l'acceptation. Pour être accepté, il y a des rites d'admissions. Le postulant doit faire ses preuves en réalisant divers exploits qui pouvaient aller du combat au cran d'arrêt à la course de mobylettes dans les sens uniques ou sur les " fortifs " (Certains tronçons des fortifications de 1870 subsistaient encore dans la capitale à la fin des années 50 (84). Parmi les autres exploits couramment pratiqués ; se battre avec le chef ou piquer une nana dans une bande ennemie. Ces pratiques sont souvent associées avec le rituel du " frère de sang " Le chef du gang entaille avec son couteau l'avant bras du postulant, puis fait la même estafilade en forme de croix sur celui du dernier rentré dans le groupe. Il maintient leur deux bras ensemble, unis par le mélange de leur sang, les deux "frères" jurent que jamais ils ne trahiront leurs camarades. Une autre caractéristique de la bande est le vif sentiment de propriété vis à vis de son territoire. Elle a ses lieux de réunion, ses cafés et ses cinémas et n'en change pas et ne tolère pas qu'une autre bande vienne empiéter sa zone, sinon c'est la guerre. Le square, mini espace de verdure apparaît l'endroit idéal pour leurs rassemblements. Là, les garçons discutent ensemble, se racontent des histoires de filles ou de taules souvent exagérées. Ils s'échangent des idées, blaguent, s'amusent, se chamaillent entre eux tout en écoutant de la musique sur un transistor. Dans ce lieu, où ils traînent souvent tard le soir les adolescents éprouvent un sentiment de liberté.
La fête foraine est un autre coin qui les attire, et ils aiment se regrouper autour des auto-tamponneuses. Il y règne une certaine ambiance, adossés à la balustrade, ils prennent plaisir à regarder tourner les voitures en écoutant les derniers disques à la mode ou draguer les filles. L'hiver on se met au chaud dans les salles de jeux avec une prédilection pour le flipper. Au Café, ils ne consomment pratiquement pas d'alcool, préférant le diabolo ou le café crème. Paris, connaît l'hiver 1959 la grande vogue du patin à glace. Les patinoires de Saint Didier ou de la " fédé " de Boulogne sont prises d'assaut par des hordes de gamins.
" La fédérale c'est la roue tournante de tous les blousons noirs, on retrouve les copains de tous les quartiers. Il y a des filles, ce n’est pas cher et on s'amuse bien " raconte Pilule chef de la bande des Batignolles (85). Quant au bal, ils y vont très rarement la plupart de ces garçons ne savent pas danser, mais sur place ils aiment bien provoquer des bagarres.
" Le soir d'une fête patronale une quarantaine de jeunes venus de Rouen à scooter, à cyclomoteur ou en taxi, avaient plusieurs fois tenté de pénétrer dans la salle de bal en refusant de payer. L'expulsion par les gendarmes de deux ivrognes leur fournit le prétexte recherché pour passer aux actes de violence. Toute la bande se rua alors sur les représentants de l'ordre et l'un des gendarmes fut roué de coups. Son collègue tira quelques coups en l'air. Ce geste décontenança un temps les agresseurs mais les gendarmes partis, les jeunes gens pénétrèrent en force dans la salle où il brutalisèrent plusieurs danseurs et plusieurs femmes "(86)
Les bandes importantes comportent parfois un tiers de filles. On y trouve souvent des filles garçons qui rêvent d'être des garçons et se conduisent comme tels. Elles revendiquent leur égalité dans les comportements antisociaux et le manifestent notamment par des attitudes de bravades vis à vis de la police lorsque celle-ci intervient. Le journal le Progrès de Lyon raconte le comportement de deux filles membres d'une bande du quartier de Perrache après leur arrestation :
"On reste confondu lorsque l'on sait que ce sont les deux filles qui tinrent tête avec le plus d'aplomb au commissaire et firent preuve d'une inconcevable impolitesse. L'une se contenta de dire : "Je me fous de la police, je me fous de la famille" L'autre, encore plus effronté, n'alla-t-elle pas jusqu'à déclarer : " Parlez moins fort. Vous me faites mal aux oreilles…" (87)
Mais la majorité des adolescentes qui fréquentent les bandes peuvent être classées dans la catégorie des "filles-objets" guère respectée qui servent à l'initiation sexuelle des garçons. Elles vont d'un garçon à l'autre, et prennent une sorte de valeur marchande en se faisant échanger pour trois fois rien! Il y aussi les filles attitrées que possèdent les principaux membres de la bande, qui souvent par prudence sont rarement vues par les autres gars. Les filles participent rarement aux délits, mais en sont les complices indirectes en bénéficiant souvent en forme de cadeaux des produits dérobés. Elles aiment se faire conduire dans des véhicules volés, ce qui donne un certain prestige à l'auteur de l'acte délictueux. La délinquance est souvent un moyen de se poser en homme devant la femme pour obtenir ses faveurs. Si quelques séries B américaines de la fin des années cinquante ont fait des gangs de filles l'un de leurs thèmes favoris. L'existence de quelques bandes féminines en France a été confirmée par certains enquêteurs. Lorsque le journal La Montagne évoque une agression commise par une bande de jeunes filles à Caen, on emploie symboliquement le terme de "jupons noirs" : "Les jupons noirs de Caen rouent de coup un Nord-Africain" (88) On note surtout une délinquance féminine opérée en petit groupe dans les grands magasins. Une fille achète un produit pour occuper la vendeuse, une autre fait le guet, tandis que la troisième vole des vêtements ou des aliments. Comme dans l'histoire du film de Marcel Carné " Terrain Vague " on signale des gangs de garçons dirigés par une fille. Exemple, le gang des As une bande délinquante de la région bordelaise qui avait à sa tête Berthe une gamine de 16 ans. (89)
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Terrain Vague
Le rapport au travail du blouson noir est complexe. Le gars qui à l'habitude de vivre en bande n'a pas envie de la quitter pour aller bosser, tandis que celui qui travaille de voir ses copains traîner toute la journée lui donne des mauvaises idées et il s'arrête de travailler. Le marché de l'emploi de l'époque le permettant, on travaille selon l'envie ou la nécessité.
" Si le gars travaille, un moment, pendant une semaine ou un ou deux mois, c'est qu'il a besoin d'argent pour s'habiller, pour manger, pour s'acheter une mobylette. Ou bien c'est qu'il s'est produit un renversement moral: son instinct est devenu faible et sa volonté lui a permis de travailler pendant ce temps là " (90)
" Je travaille quand j'ai besoin de fric. S'il me faut une paire de " groles ", je fais la plonge. Si c'est une nécessité plus grave, je me fais embaucher un mois ou deux dans mon métier" . Raconte Guy 18 ans (91)
Les contrats d'apprentissages sont la plupart du temps des contrats pour la forme. Les patrons en profitent pour mal payer les jeunes, mais ils les font travailler comme des ouvriers adultes. En plus, les jeunes apprentis supportent mal les ordres des chefs d'équipes, de ce fait, ils changent régulièrement de métier. Le plus souvent les jeunes des bandes qui travaillent exercent des métiers sans grande qualification comme: télégraphiste, plombier, graisseur. Des métiers où la main d'œuvre est variable qui leur permet de changer de patron, de lieu de travail à leur guise. Lorsqu'on demande à Moustique le benjamin de la bande de la Bastille qui ambitionne de trouver un boulot " pépère " quel genre de travail il aimerait faire, il répond: " Ben : aide routier, livreur en triporteur ou alors être le fils de taulier, avoir une carte de figurant de cinéma ".(92)
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76 – Philippe Macaigne "Quelques réflexions sur la présentation de la presse écrite des "blousons noirs", in Annales de Vaucresson, N° 2,1964
77 - C.Freinet, « La formation de l’enfance et de la jeunesse », Edition l’école moderne, 1960
78 - Interview Moustique par Christian Victor in Juxe-Box Magazine N° 86, novembre 1994
79 - Interview Johnny Hallyday par Jacques Barsamian in Juke Box Magazine N° 42, novembre 1990
80 - Jean Charles Lagrée in "Les jeunes chantent leurs cultures", page 19,L’Harmattan , 1982
81 - Rapport annuel de l’Education surveillé pour 1960 in "Les bandes d’adolescents","Les classes d'age" page 3 Philippe Robert, Pierre Lascoumes Les éditions ouvrières,Paris 1974
82 - "Les vieux ? qu'ils crèvent ! « Le mal de la jeunesse » ,in Faim & Soif N°33, 7/02/1960
83 - Jean Cau, Les gosses révoltés, l'Express 30 juillet 1959
84 - Long Chris "Johnny", page 17,J'ai Lu N°2380,
85 - "Square des Batignoles" Reportage de Pierre Dumayet, Cinq colonnes à la une,4/11/1960
86 - « Quand la jeunesse faisait peur », Laurent Mucchielli, chercheur au CNRS
87 - "Des blousons noirs sont surpris dans leur repaire par les policier" in Le Progrès de Lyon, 22 mai 1962
88 - La Montagne, 18 juin 1960, Claire Bacher 3Le phénomème bmousons noirs vu par la presse Maitrise faculté de Clermont Ferrant 2000
89 -Philippe Parrot, Monique Gueneau "Le gang des As" in "Les gangs d’adolescents",PUF,1959
90 - in "Cri d'appel d'un blouson noir", page 47, Fayard, 1962
91 - In “tribune libre des jeunes” Cinémonde 16/10/62
92 - in "Les Blousons Noirs" un document humain, Christian Mégret, Point de vue ,7/7/1961

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LE ROCK DU BAGNE (26)




Après « King Créole » c'est "Jailhouse Rock" qui sort en avant première en version originale sous titré dans une petite salle de trois cents places le Mac Mahon le mois de septembre 1960. La nouvelle de la sortie du film fait vite le tour de la capitale et de sa banlieue et rapidement l'avenue Mac Mahon où se trouve le cinéma est noire de monde. Il se produit alors un samedi soir, un incident rarissime dans l'histoire du cinéma français. Comme il était impossible de faire rentrer tout le monde dans cette petite salle et face aux bousculades, le commissariat de la rue de l'Etoile est appelé pour remettre de l'ordre. Les jeunes n'admettent pas d'être privé de voir leur idole et des bagarres éclatent avec les forces de l’ordre. Des renforts de police sont appelés à la rescousse et il faut plusieurs heures pour que le quartier retrouve son calme. Les dégâts sont nombreux et le préfet de police décide d'interdire le film (75) Dès sa sortie aux USA en 1957 "Jailhouse Rock" a dérangé, condamné par l'église et méprisé par les critiques, il suscite les mêmes commentaires négatifs lors de sa sortie française, révélant la profonde incompréhension entre le monde des adultes et celui de la jeunesse.
"On reste pétrifié devant tant de niaiseries, tant de hurlements, tant de médiocrité" peut-on lire dans l'UFOLEIS la revue mensuelle de la ligue de l'enseignement. Pour le Figaro, "Les chanteurs interprètent un ballet en costume de bagnard, ce qui n'est pas du meilleur goût" Télérama n'est pas plus tendre avec le roi du rock en écrivant: "Elvis Presley, le héros n'a pas le visage de James Dean. Il a le faciès d'une bête de proie…"
Dans "Jailhouse rock" Elvis (Vincent Everett) est envoyé en prison pour avoir frappé à mort un type dans un bar en défendant l'honneur d'une dame. Les oreilles bien dégagées, il partage la cellule avec un ancien chanteur country (Mickey Shaugnessy) qui lui apprend les rudiments du métier de chanteur. Derrière les barreaux la vie n'est pas tendre, il est flagellé après avoir fait le coup de poing avec des gardiens lors d'une révolte de taulards. Libéré, il rencontre une charmante imprésario (Judy Taylor) qui après différente déconfiture va de faire de lui une vedette. La scène la plus marquante du film est la mémorable interprétation en tenue de bagnard dans une chorégraphie immaculée de « Jailhouse rock » Elvis interprète deux autres Rock and roll « Baby I Don’t Care » chanté au bord d’une piscine et « Treat Me Nice » dans un studio d’enregistrent. Avec « Jailhouse Rock » Elvis renforce son image de rebelle voyou au sein de la jeunesse révoltée.
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75 - Elvis en France chap. 4 Elvis my Happiness N°4 juin 1993

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mercredi 28 janvier 2009

BAGARRES AU KING CREOLE (25)


Le mois de juin 1959, le roi du rock and roll Elvis Presley permissionnaire et sa bande de copains du Tennessee débarquent incognito à Paris pour un séjour d'une dizaine de jours où ils séjournent à l'Hôtel Prince de Galles. L'équipe fait la tournée des night clubs, des Folies Bergères au Lido où le roi du rock fréquente l'une des sœurs Kessler. Aux USA, malgré une discographie peu abondante du à la stratégie du colonel, deux singles provenant de l'unique session d'enregistrement effectuée à Nashville au début de son incorporation dans l'armée sortent sur le marché américain ; le mid tempo "A Fool such as i" publié en mars 1959 qui frôle le top et le rock "A big hunk o' love " qui atteint les sommet des classements durant l'été.



C'est avec les sorties en salle en 1960 de " Bagarres au King créole " et le " Le rock du bagne " d'Elvis Presley que la jeunesse française' découvrent le vrai rock and roll sauvage. Deux films où le camionneur à rouflaquette de Tupelo personnalise le mieux l'image du rocker délinquant dur en cuir et taulard.
"C'est vrai qu'il a l'air d'un délinquant, avec ses cheveux trop longs, ses favoris d'apache, ses yeux presque toujours cernés, au regard veule…."(74)
Sortie aux USA deux années plutôt "King Créole" à l'affiche à Paris en mai 1960, rameute toutes les bandes de la capitale qui se retrouvent sur les boulevards devant le cinéma Paramount. Dans la salle comble, lorsque apparaît le générique tout le monde est debout. Pendant la projection du film des spectateurs envahissent les travées et scandent le nom d'Elvis. La tension est extrême et il y aura quelques heurts avec la police dans la salle et à la sortie dans les rues avoisinantes. Les jours suivant de nombreux jeunes passent leur journée à voir et revoir le film. Ce film de Michaël Curtiz le réalisateur de "Casablanca" est relativement bien accueilli chez nous par les critiques. Dans la revue Cinéma 60, Yves Boisset écrit: "King Créole, dynamique et souvent ironique histoire de blousons noirs à la Nouvelle Orléans, est sans conteste le meilleur dans lequel il (Elvis) s'est produit…"
Tourné dans le quartier français de la Nouvelle Orléans, "King Créole" d'après le nom d'une boîte de nuit locale réunit tous les ingrédients d'un mélodrame qui se déroule comme une comédie musicale réaliste. Elvis campe Dany Fisher jeune garçon rebelle qui fait le ménage dans un club peu fréquentable de la ville avant d'aller au collège pour subvenir a sa famille. Recalé de son diplôme pour la seconde fois, il traîne avec la bande de durs de Shark (Vic Morrow). Le gang dévalise le bazar pendant qu'Elvis détourne l'attention en chantant avec sa guitare " Lover doll " et séduit l’innocente serveuse Nellie (Dolores Hart). Remarqué par le patron du club " King Creole " alors qu'il est monté sur scène pour interpréter " Trouble " accompagné par un orchestre dixieland, il va malgré l'opposition de son père devenir le chanteur du club . Pour la soirée d'essai, il interprète " Dixieland Rock " avec succès. Elvis chante ensuite le bluesy " New Orléans " et le rock " King Créole "
Maxie (Walter Matthau) le patron du club concurrent n'apprécie guère que le King Créole dont la fréquentation était déclinante remarche à nouveau. Il engage Vic pour compromettre Elvis dans un coup. Celui lui propose de casser la gueule au patron de la pharmacie où travaille son père, comme il a surpris son paternel se faisant humilier par le directeur Elvis accepte. Mais dans l’action, c'est son père qui va être frappé. En butte au chantage, Elvis pour sans sortir signe un contrat avec Walter et abandonne le King Créole. Lorsque son père demande à Walter de laisser partir son fils, il apprend que ce dernier était parmi ses agresseurs. Révolté, Elvis agresse Walter et blessé par Vic, il s'enfuie avec la bad girl Ronnie (Carolyn Jones) la copine de Walter. Planqués dans une cabane au bord de la mer, ils sont découverts par le patron véreux qui veut tuer Elvis avec son pistolet, mais c'est Ronnie qui est touché ! Le film se termine avec le retour d'Elvis au King Créole, réconcilié avec son père il chante la romance " As long as i have you " pour Nellie.


74 - Etes-vous pour ou contre Elvis Presley, Cinémonde N°1197, 18 juillet 1957

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